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Ontario: Les Mennonites, au petit trot…

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Dans la région de St-Jacobs, en Ontario, l’étonnante communauté des Mennonites fait l’éloge de la lenteur, de la modestie et de la simplicité. Et surtout, ils nous donnent envie de passer du galop…au petit trot !

Les surprises et les contrastes commencent dès qu’on arrive à St-Jacobs… On s’arrête pour se repérer lorsque, soudain, surgit un étrange carrosse couvert, tiré par un cheval, qui transporte deux jeunes femmes coiffées de bonnets à large bord. Et pendant qu’on se demande dans quel film (ou quelle époque) on vient d’atterrir, voilà qu’en surgit un autre, puis un autre… Ailleurs, une telle scène pourrait sembler surréaliste. Mais ici, dans la région de Kitchener-Waterloo, carrosses et voitures, passé et présent cohabitent… le plus naturellement du monde ! Surtout dans la campagne autour de St-Jacobs, où habitent près de 5000 Mennonites plus traditionnels (ceux du « Old Mennonite Order »), qui vivent encore selon les coutumes et les valeurs du siècle dernier. A l’occasion, certains utilisent l’électricité, le téléphone ou des tracteurs pour leurs champs, mais leur mode de vie demeure centré sur le travail manuel, l’entraide, l’humilité et la simplicité. La plupart d’entre eux circulent surtout en carriole (tirée par des chevaux), fréquentent assidûment l’église et portent des vêtements sobres, accompagnés de chapeaux pour les hommes et de coiffes, pour les femmes.

Marché de Saint-Jacobs :

Chose certaine, pour un premier contact avec eux, rien de tel que le marché de St-Jacobs (jeudis et samedis, plus les mardis en été). Parmi les 200 marchands permanents, près du tiers sont des Mennonites, qui y vendent de l’artisanat ou différents produits, issus de leur ferme. Chaque semaine, Henry Martin et sa femme s’y rendent avec leurs carrioles, qu’on voit stationnée derrière leur kiosque (dehors, tout près de l’entrée). Comme la plupart des Mennonites plus traditionnels, ils prônent la modestie et n’aiment pas être photographiés. Mais ils nous parlent volontiers de leurs valeurs et du dialecte qu’ils utilisent (dérivé de l’Allemand), tout en nous faisant goûter leurs sirops et beurres d’érable, parmi les plus réputés du marché !

A l’intérieur, d’autres familles nous proposent aussi leurs confitures et marinades, des fromages en grains ou des saucissons fumés. Au centre du marché émanent aussi une foule d’odeurs irrésistibles, comme celles des danoises, que cuisinent sur place les deux sœurs Eileen et Laura. Sans parler des beignets de pommes (apple fritters), qui font partie des incontournables du marché !  Puis, au deuxième étage, d’autres marchands Mennonites vendent leurs accessoires en bois, leurs lainages ou leurs courtepointes, généralement confectionnés de façon artisanale, bien sûr ! Les derniers samedis du mois, il y a aussi un encan de bétail, auquel assiste de nombreux Mennonites (une curiosité à ne pas manquer !) Puis, d’avril à octobre, la cour extérieure accueille également des musiciens, plus de 200 marchands saisonniers supplémentaires et des tours guidés en carriole, qui nous emmènent visiter quelques fermes Mennonites.

Promenade dans la campagne :

Cela dit, on peut très bien partir explorer la campagne par nous-mêmes : avec ou sans GPS, puisque les meilleures surprises surviennent lorsqu’on s’égare un peu… D’ailleurs, à force de croiser des carrosses, on finit par envier leur cadence : tellement plus appropriée pour admirer les fermes ou les petites églises, disséminés le long de la route. Par contre, je vous conseille d’arrêter au Anna Mae’s Bakery & Restaurant, à Millbank, pour y déguster leurs tartes maison ou leur fameux poulet, d’abord mariné puis frit selon une méthode bien spéciale. Fondé par une dame Mennonite en 1978, ce restaurant est encore une entreprise très familiale, qui est aussi devenue une excellente vitrine pour les autres produits locaux, vendus dans leur boutique (4060 Perth County, Line 72) http://www.annamaes.ca

Ensuite, rendez-vous au Magasin général de Wallenstein, où la majorité des Mennonites font leurs achats. On y rencontre les hommes qui magasinent leurs outils, chapeaux et souliers (à l’arrière), pendant que les femmes choisissent leurs tissus au mètre, puisqu’elles confectionnent elles-mêmes la majorité de leurs vêtements. En sortant, jetons un coup d’œil aux étables (en arrière), où les chevaux attendent leurs maîtres, en faisant honneur aux balles de foin, laissées spécialement pour eux… (7278, Line 86).

A Wallenstein, on peut aussi encourager certains fermiers de la communauté, comme Emerson Bowman, par exemple, qui possède un kiosque de vente sur sa ferme. Il nous y propose ses œufs frais et ses saucissons fumés, de même que les gelées de piment, marinades ou confitures confectionnés par ses cousins ou ses voisins. De quoi repartir avec un panier bien garni, d’autant plus que sa sœur cultive aussi des fleurs et des plantes, dans la serre voisine… Mais, même si tous deux comprennent bien notre curiosité à leur égard, ils demeurent assez timides, tout comme leurs confrères rencontrés au marché un peu plus tôt (à nous de savoir doser nos questions !)  (7480, Line 86).

Pour comprendre leur culture :

Le dimanche matin, çà vaut la peine de se lever tôt ! Pour aller rouler près de Wallenstein et y apercevoir de longs cortèges de carrioles qui surgissent de tous les côtés, se suivant à la queue leu leu, jusqu’à l’entrée des églises. Soudainement, on se sent étranges au volant d’une voiture ! Mais cette scène rappelle l’importance de la messe pour les Mennonites, d’autant plus que les cérémonies religieuses sont souvent suivies de longs repas ou activités communautaires, qui sont les pierres angulaires de leur vie sociale.  D’ailleurs, les Mennonites ne font aucune vente à la ferme (ni autre activité commerciale) les dimanches.

Pour nous, c’est donc le moment idéal pour aller visiter le musée The Mennonite Story, qui nous explique assez bien leur culture et leur histoire. Nommés d’après un de leurs pionniers ( Menno Simons), ces Mennonites provenaient de Suisse, des Pays-Bas et d’Allemagne, où ils se sont séparés de l’église catholique lors de la Réforme (au 15ème siècle), parce qu’ils prônaient l’anabaptisme (pas de baptêmes avant l’âge adulte). Au 17ème siècle, plusieurs d’entre eux ont fui les persécutions en Europe pour venir s’établir d’abord en Pennsylvanie, puis dans la région de Kitchener-Waterloo, entre 1785 et 1825. Puis, en 1889, un petit groupe d’entre eux se détache et fonde une faction plus conservatrice – « The Old Mennonite Order »– qui choisit alors de tourner le dos aux technologies et au mode de vie modernes. Aujourd’hui, toute la région de Kitchener-Waterloo compte donc près de 15 000 Mennonites qui vivent de façon plus contemporaine, alors que ceux du Old Mennonite Order (concentrés autour de St-Jacobs) mènent un style de vie plus traditionnel, qui ressemble un peu à celui des Amish, en Pennsylvanie (mais leurs pratiques religieuses diffèrent). D’ailleurs, ce musée nous montre aussi les valeurs d’entraide et de solidarité des Mennonites, leur mode de vie au fil des saisons, puis l’éducation de leurs enfants, qui vont à l’école jusqu’à 14 ans. Del Gingrich, le responsable (et Mennonite lui-même) répond aussi à nos questions avec générosité, allant même jusqu’à nous raconter l’ambiance des soupers de paroisse, où la majorité des jeunes rencontrent leurs futurs époux….

En après-midi, retournez sur les routes de campagne, pour aller voir le charmant pont couvert de West Montrose : le dernier du genre en Ontario, dont la construction remonte à 1881. Et comme ses longues parois de bois créaient une certaine intimité, on le surnomme aussi « le pont des baisers ». Chose certaine, après quelques jours à louvoyer entre le présent et le passé, on constate qu’il y a du bon dans chaque époque ! Et on se surprend à rêver qu’il y ait plus de place pour la vie communautaire et la lenteur, dans nos vies d’aujourd’hui…

Voyez aussi: 

https://nathaliedegrandmont.com/2018/06/30/ontario-echos-du-passe-a-port-hope/

https://nathaliedegrandmont.com/2017/07/13/canada-mes-10-coups-de-coeur/

Informations pratiques :

Se rendre : Autoroute 401 ouest jusqu’à la sortie 278, puis la 8 et la 85 jusqu’à St-Jacobs (env. 650 kilomètres de Montréal).

Suggestion d’hébergement : Homewood Suites by Hilton, à St. Jacobs (45 Benjamin Road). http://www.homewoodsuites3.hilton.com

Adresses gourmandes : La micro-brasserie Block Three, où il y a souvent des prestations musicales, des familles entières (avec leurs chiens !) et beaucoup d’ambiance…

A voir aussi: Les boutiques indépendantes de la rue principale et le Marché des Antiquaires, qui compte plus d’une centaine de commerçants (juste en face du Marché fermier).

Conseil : On demande aux visiteurs de ne pas se montrer trop intrusifs et de respecter la pudeur des Mennonites, afin que la cohabitation avec eux continue d’être harmonieuse.

Informations supplémentaires: www.stjacobs.com et http://www.explorewaterlooregion.com

 

 

 

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