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Jordanie: Rencontres avec les Bédouins

Je viens de passer 10 jours en Jordanie… Dix jours très bien remplis, à voir le soleil se lever au milieu des dunes de sable, des canyons de montagnes, sur les rives de la Mer Morte ou du Jourdain, au coeur d’anciennes villes romaines ou dans un campement bédouin…  Encore essoufflée par tout cela, c’est donc avec beaucoup d’étonnement que j’ai appris que la majorité des visiteurs ne passaient que 3 ou 4 jours dans ce pays, souvent en transit entre l’Israel et l’Egypte. Mais après ces 10 jours, j’ai la conviction que les nombreux sites historiques, les paysages et les gens de la Jordanie justifient largement une escale un peu plus longue; ne serait-ce que pour aller passer quelques jours dans le désert, en compagnie des Bédouins…

Il n’y a pas si longtemps encore, tout le territoire jordanien était occupé par des tribus bédouines, comme l’évoque le film « Lawrence d’Arabie », qui a été tourné au coeur du désert du Wadi Rum, non loin de Pétra. Comme l’expliquait notre guide Mohammed – lui-même d’origine bédouine – le terme bédouin ne désigne pas un groupe ethnique ni religieux, mais plutôt un ensemble de traditions, un état d’esprit et surtout, un mode de vie… Une vie de nomade, vécue au milieu du désert ou des montagnes, en déménageant sa tente, sa famille et ses troupeaux, au gré des saisons. Encore aujourd’hui, 80% de la population jordanienne revendique des origines Bédouines; même si seulement 2 % d’entre eux pratiquent encore le nomadisme. Plusieurs se sont sédentarisés, certes. Mais visiblement, une grande majorité d’entre eux continuent de chérir plusieurs traditions, en ne laissant jamais passer une occasion de dormir à la belle étoile, par exemple…

Homme des sables cherche femmes des neiges…

C’est le cas de Suleiman, que j’ai rencontré au Feynan Ecolodge, situé au milieu des montagnes de la Réserve de la Biosphère de Dana (voir détails plus bas).  Agé de 24 ans, Suleiman y travaille comme guide depuis quelques années, tout comme son frère aîné. Comme l’un et l’autre ne sont pas encore mariés, ils vivent toujours de façon nomade, sous la tente familiale, qui change d’emplacement quelques fois par année . Suleiman a fait ses études en ville, maîtrise bien l’anglais et connaît une foule de choses (et de références), apprises au contact des visiteurs. On ne peut s’empêcher de sourire lorsqu’on l’aperçoit avec ses chèvres ET son téléphone portable … Mais oui, même au milieu du désert,  Suleiman connaît également les médias sociaux; avouant même candidement qu’il s’attend à rencontrer sa future femme via Facebook… « Et peut-être même une Canadienne, pourquoi pas »;  ajoute-t-il en riant… Hooh là… Je retiens un peu mon fou rire, en tentant d’ imaginer ce à quoi ressemblerait une éventuelle union entre cet « homme des sables »  et  sa future « femme des neiges »…  Mais après tout, me dis-je, rien n’ est impossible !

– « Et quels seraient tes critères ? »;  lui demandai-je …

– « Idéalement, me répond-t-il, j’aimerais bien qu’elle soit capable de vivre sans machine à laver (et autres appareils semblables) et qu’elle aime dormir à la belle étoile…  »

En disant cela, Suleiman résume à sa façon tout le dilemme des Bédouins: coincés entre leur attachement pour leur mode de vie traditionnel et les tentations de la vie moderne… L’un de ses frères, par exemple, est déménagé en ville aussitôt marié. Pour le moment, cette idée ne semble même pas envisageable pour Suleiman, qui avoue être très heureux de pouvoir vivre et guider les visiteurs dans ses montagnes…

Chaque matin, Suleiman nous entraîne donc pour une randonnée de quelques heures; histoire de nous faire vivre un lever du soleil au sommet de ces montagnes rosées. Chemin faisant, il nous montre aussi les différentes plantes utilisées par les Bédouins: les unes pour se guérir d’une maladie, les autres pour se fabriquer des attèles ou pour shampouiner leurs chèvres afin de les protéger des insectes… Plus tard en matinée, on peut aussi aller rencontrer la famille et les voisins de Suleiman, dans le cadre d’une activité qui vise à nous montrer quelques-unes de leurs traditions. Le père de Suleiman (Mohammed Abu-Khaleel, qui veut dire  » le père de Khaleel » (le fils aîné) nous accueille sous la tente des hommes (celle des femmes n’est pas accessible aux invités). Il démarre le feu, fait griller les fèves et les moud dans un contenant de métal, tandis que Suleiman nous explique l’importance du rituel du café chez les Bédouins. « Toutes les discussions, les résolutions de conflit ou les demandes en mariages se déroulent autour de ce rituel; ce pourquoi il y a tout un décorum qui s’y rattache », explique-t-il. Pendant ce temps, la mère de Suleiman pétrit la pâte, prépare du pain et, à notre grande surprise, le fait cuire directement dans la braise. Une fois la braise enlevée, le résultat est tout à fait succulent !

Après avoir goûté au café, au pain et au thé à la menthe, on traverse ensuite dans la tente des voisins, où une jeune fille nous montre comment ils utilisent de petits bouts de charbons de bois (le « coal », comme ils l’appellent) pour se tracer des lignes noires sous les yeux, en guise de protection contre le soleil. D’ailleurs, chez les Bédouins, même les hommes s’enduisent les yeux de ces grands traits noirs; ce qui a pour effet de leur donner des regards encore plus profonds et puissants… Des regards qui, ma foi, sont susceptibles de faire fondre de la neige en sable… Ce qui me fait penser qu’après tout, l’idée de Suleiman n’est peut-être pas si mauvaise que cela !  Avis aux jeunes demoiselles qui aiment les étoiles, l’invitation leur est lancée !

Ne manquez pas, dans quelques jours, la deuxième partie: Merveilles de Pétra et nuitée en camping dans le désert du Wadi Rum.

Informations pratiques:

Construit en 2005, Le Feynan Ecolodge est un petit hôtel écologique, où seules les salles de bain sont éclairées à l’électricité. La salle à manger, les couloirs et les 26 chambres sont éclairés avec des chandelles (fabriquées par les femmes de la région); ce qui donne un éclairage très magique, d’ailleurs… Bien sûr, l’Ecolodge prône le respect de l’écologie (panneaux solaires, mesures de recyclage, etc.) mais s’approvisionne aussi auprès des paysans locaux, en plus d’engager bon nombre de chauffeurs, guides et autres employés, parmi les familles bédouines des environs. En tout, nous disait-on, les activités de l’Ecolodge fournissent des revenus à 80 familles. A la salle à manger, les plats végétariens sont de mise. Dans la journée, l’Ecolodge propose aussi une série d’activités, vendues à la carte: la randonnée au lever du soleil, l’activité « rencontre avec les Bédouins », une journée complète en compagnie des bergers, de même que des petits cours de cuisine. Le soir, les hôtes sont invités à monter sur le toit, pour y relaxer dans les fauteuils et y observer les étoiles. Comme l’Ecolodge se trouve à environ 1500 mètres d’altitude, les températures y sont assez fraîches la nuit et le matin. L’hiver, même les températures diurnes ne dépassent pas 14 ou 15 degrés Celsius. On peut accéder en voiture jusqu’à leur bâtiment d’accueil, après quoi leurs chauffeurs nous conduisent en jeep jusqu’à l’Ecolodge, au gré d’une balade épique (mais excitante !) d’une demi-heure, sur des routes caillouteuses. Tarifs: de 85 à 110 dinars par nuit, pour deux (incl. déj.), selon la saison (soit env. 112 à 170$). Diners et soupers: 12 dinars. Transferts jusqu’au bâtiment d’accueil: 25 dinars aller-retour. Activités: entre 7 et 17 dinars.

Pour plus d’informations: http://www.feynan.com ; http://www.visitjordan.com

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